Friedrich Nietzsche, Aurore (1881), Avant-propos de 1886.
Cette préface arrive tardivement, mais non trop tard ; qu’importent, en somme, cinq ou six ans ! Un tel livre et un tel problème n’ont nulle hâte ; et nous sommes, de plus, amis du lento, moi tout aussi bien que mon livre. Ce n’est pas en vain que l’on a été philologue, on l’est peut-être encore. Philologue, cela veut dire maître de la lente lecture : on finit même par écrire lentement. Maintenant ce n’est pas seulement conforme à mon habitude, c’est aussi mon goût qui est ainsi fait, — un goût malicieux peut-être ? — Ne plus jamais rien écrire qui ne désespère l’espèce des hommes « pressés ». Car la philologie est cet art vénérable qui, de ses admirateurs, exige avant tout une chose : se tenir à l’écart, prendre du temps, devenir silencieux, devenir lent, — un art d’orfèvrerie, et une maîtrise d’orfèvre appliquée au mot, un art qui demande un travail subtil et délicat, et qui ne réalise rien s’il ne s’applique avec lenteur. Mais c’est justement à cause de cela qu’il est aujourd’hui plus nécessaire que jamais, justement par là qu’il charme et séduit le plus, au milieu d’un âge du « travail » : je veux dire de la précipitation, de la hâte indécente qui s’échauffe et qui veut vite « en finir » de toute chose, même d’un livre, fût-il ancien ou nouveau. — Cet art lui-même n’en finit pas facilement avec quoi que ce soit, il enseigne à bien lire, c’est-à-dire lentement, avec profondeur, égards et précautions, avec des arrière-pensées, des portes ouvertes, avec des doigts et des yeux délicats... Amis patients, ce livre ne souhaite pour lui que des lecteurs et des philologues parfaits : apprenez à me bien lire!
Bonjour, Claire
RépondreSupprimerEt pourtant, il y a du Socrate, là-dedans.
Lentement, les choses se déroulent, comme lentement la fin arrive...
Mais de quoi ?
Merci d'être venue me voir.
Je vais apprendre à te connaître.
Je t'embrasse.
Oui c'est vrai, il y a du Socrate là-dedans ; mais comme si son cheminement était intériorisé, comme si le lecteur avait incrusté -orfèvre- dans sa lecture-même un regard poétique, "des yeux délicats" pour regarder à travers les "portes ouvertes" les paysages en "arrière-pensée" sur lesquelles elles donnent. La lenteur fonde en partie la méditation, et en tout cas, elle autorise la "profondeur". Merci de ta visite. Je t'embrasse.
RépondreSupprimerSuperbe !
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